L'art de déguster la viande, par Paul Le Mens
Mots-clés Le Mens (Paul) , dégustation
, viande


L'art de déguster la viande

L’auteur invite tous les amateurs et curieux à enrichir le vocabulaire aromatique de la viande en se connectant à travers le WEB et échanger des avis sur des séances de dégustation
.
La dégustation
Il est commun et admis de décrire les vins, avec abondance de méthodes et de commentaires, l’inflation des savoirs déguster règne dans cette branche, alors qu’il y a grand vide dans les autres secteurs de l’alimentation. Toute une littérature commente les régions viticoles, les cépages, les vinifications, les millésimes, les arômes, l’art de boire et gouter. Des écoles et des clubs œnophiles vous initient à la dégustation

« Nez riche et complexe, agréablement bouqueté, il offre au nez un parfum de petits fruits noirs, notes épicées, florales et boisées »… « Chaleureuse et concentrée, la bouche laisse s’exprimer des arômes naissants de griotte à l’alcool, de romarin et de café, le tout relevé de notes boisée vanillé »… « En attaque des tanins pacifiques, il monte en puissance en milieu de bouche, nous gratifiant d’une chair ample parfumée de framboise et de myrtille de réglisse de gingembre… » Les sommeliers ne tarissent pas d’éloge au vin, sans oublier les revues en quête d’un nouveau vigneron ou château à vous faire découvrir.
Tout ça pour dire et rappeler qu’on pourrait le faire aussi pour les fromages, les pains , les chocolats, les charcuteries, les salaisons, les huiles alimentaires, les miels, les cafés et autres confitures, être très créatifs sur les sensations et la description, partager les plaisirs pour mieux communiquer.
La viande

Cet article est consacré à l’art de déguster la viande



L'analyse sensorielle est une science qui utilise les sens de l'homme pour évaluer les caractéristiques organoleptiques des aliments
Contrairement à la simple dégustation

En effet, l'instrument de mesure utilisé, l'être humain, est influencé au cours de son évaluation par de nombreux facteurs externes: l'environnement dans lequel il se trouve, son état de satiété, l'ordre dans lequel vont lui être présentés les produits, l'aspect des échantillons, etc… Il est donc indispensable de prendre un minimum de précautions, sans lesquelles toute interprétation de résultats serait hasardeuse.
En pratique, on fait appel à des personnes volontaires (ou sujets) qui ont pour tâche de sentir, goûter, examiner ou comparer les échantillons qui leur sont présentés au cours d'une ou de plusieurs séances. Selon l'objectif de l'étude et le type de test, les sujets recrutés peuvent être naïfs, plus ou moins qualifiés ou entraînés à l'évaluation d'un aliment particulier.
L’analyse sensorielle a ses normes ISO, AFNOR, ses méthodologies, les thermes sont définis précisément. Nous sommes dans la métrologie, la mesure et tout ce qui est attaché à la mesure : précision, justesse, répétabilité. On utilise peu de descripteurs sensoriels afin de limiter les sources d’erreurs et être certain que le descripteur est bien compris de tous. Pas de place pour la confusion, on y a besoin de références pour entrainer les sujets, car c’est bien l’homme qui est au cœur du dispositif. L’analyse instrumentale n’est pas encore totalement suffisante pour remplacer la complexité d’une bouche. Les profils sensoriels sont largement utilisés dans les études factorielles où on va chercher à comprendre pourquoi tel régime alimentaire pourrait avoir un effet sur la qualité organoleptique. L’analyse sensorielle est souvent pratiquée en laboratoire où les conditions sont normalisées et en particulier les protocoles de cuisson.
De la créativité
Dans l’art de déguster, on va viser à décrire en cherchant des mots exprimant au mieux les sensations, une très large place sera laissée à la créativité. Les odeurs et les arômes sont déjà dans la mémoire sensorielle largement dépendante de notre culture et du pays où nous avons vécu. Quand on demande à un asiatique de décrire les sensations olfactives d’une viande

La description des sensations est analysée en référence à ce que l’on connaît déjà. La mémoire reconnait les odeurs et arômes stockés dans les neurones sous forme d’images sensorielle mais la verbalisation, la mise en mots est très difficile pour tout le monde. Nous savons quel type de cuisson nous recherchons, quel morceau fera notre plaisir. Décrire nos sensations en mangeant de la viande

Nos sensations gustatives sous influence
Le choix du morceau, le mode de cuisson, l’espèce animale, l’âge, la finition, la répartition du gras, le collagène, la teneur en jus, les fibres musculaires, le sel que nous même rajoutons pour relever le gout, tout cela aura une influence sur la perception de la qualité et devient bien compliqué ! Et le morceau que j’ai dans mon assiette est bien hétérogène, pas forcément ressemblant à celui de mon voisin ! Pour couper court à toutes ces difficultés, je vais considérer la bouchée que je m’apprête à déguster et la décrire.
La cuisson est à l’origine de l’apparition d’environs 1000 nouvelles molécules, pas toutes perçues par nos sens. C’est dire l’importance et le rôle de la cuisson dans l’origine des odeurs et des arômes.
Le rôle du gras
Aujourd’hui le gras animal est décrié, nous sommes à l’ère du manger moins gras et mieux gras. Mais pour la viande

Des molécules volatiles piégées dans le gras vont donner à l’espèce animale sa typicité, Le gras peut être directement aromatique par les molécules d’acides gras qui le compose, mais il peut être aussi précurseur d’arômes c'est-à-dire à l’origine de molécules qui vont devenir aromatiques pendant par la cuisson.
Les lipides de la viande

L’alimentation des animaux aura une influence directe sur la composition du gras et une répercussion sur nos sensations de mastication. La composition du gras, sa teneur dans le morceau va avoir un effet sur l’équilibre global en bouche, (équilibre ou structure) évalué par la texture, les arômes et les saveurs.
La matière grasse influence directement la texture par la fonte des acides gras, l’émulsion créée par la salivation, le rôle lubrifiant qu’elle joue dans le bol alimentaire. Son rôle ne s’arrête pas là car après avalement, le gras résiduel logé entre les dents, sur les muqueuses continue de libérer des molécules volatiles perçues par la voie retro nasale, ajoutant un plaisir de persistance aromatique. Ce gras résiduel est à l’origine de ce que l’on nomme la longueur en bouche, mais aussi l’arrières goût après avoir avalé, la fragrance selon Brillat-Savarin.
Ce sera le moment de boire un peu de vin et observer ce qui se passe entre la salive, le gras et vin. Le vin est acide de pH 3.5 pour le blanc et 3.7 pour le rouge, l’acidité va réagir avec l’émulsion grasse, en libérant les dernières molécules aromatiques prisonnières du gras. Le pH buccal devenant plus bas, les acides gras libres de la forme non dissociés seront mieux perçus sous l’effet du vin, la viande


Nous dirons aussi du mélange viande

Proposition de mots pour décrire les odeurs et les arômes de la viande
Deux définitions sont indispensables mettant en jeu le sens de l’olfaction : les odeurs et les arômes, quelle est la différence entre les deux voies ?
Définition des odeurs : les molécules volatiles perçues par la voie nasale (le nez), vont se fixer sur les cils olfactifs pour être décodées en signaux électriques et acheminées vers les neurones afin d’y être reconnue comme sensation agréable ou désagréable et parfois identifiées et nommées.
Définition des arômes : les molécules qui s’échappent du morceau de viande

La description analogique est une comparaison de ce que j’ai sous mon nez avec les autres les molécules aromatiques de la viande

Le meilleur exercice pour percevoir les arômes, c’est de prendre un tout petit morceau de viande

La liste proposée est construite en classant les odeurs et arômes par familles. Pour vous aider, au début vous pouvez procéder par élimination. Ca ne sent pas les fleurs, pas la viennoiserie, pas le fermenté, etc.… et il me reste la famille empyreumatique, la famille animale, la famille graisseuse, et enfin vous regardez les propositions de mots quitte à en rajouter de votre cru, en tentant d’être créatif, communiquant…
Proposition d’une liste de mots permettant de décrire les odeurs et arômes de la viande cuite, classés par familles et descripteurs sensoriels
Famille animale : mouton, agneau, bœuf, vache, porc, volailles, cheval, étable, poulailler, bergerie

Famille cuisine : soupe aux légumes, soupe à la crème, oignon à la crème, petits lardons, potiron, courge, caramel, rôtisserie, riz parfumé, curry, gratin
Famille empyreumatique : grillé, brûlé, caramel, fumé, graines de courges grillées, sésame grillé, châtaignes grillées, croute de pain brûlé, charbon, cheminée, de feu, cuit, torréfié, grillade, barbecue, cuit, rôti, de cuisinière à bois, plaque chauffée, de poêle chauffée, casserole brulée, plaque électrique chauffée, peau de poulet grillée, poisson fumé rôtisserie,
Famille gras/lipidique : cire, savon, beurre frais, beurre rance, beurre fondu, graisse fraîche, graisse rance, suif, graisse d’oie, graisse de canard, graisse fondue, gras cru, saindoux, graisse oxydée, friture, graisse frite, chips, lard, couenne, gras fondu, huile cuite, beurre fondu, crème, crème en sauce, rillette, mastic, gras refroidi figé.







Famille marine : crevette, moules, poisson, crabe, ammoniac, urine
Famille lactée : lait cru, laiteux, beurre, croûte de parmesan, gruyère, croute de parmesan
Famille fermenté : torchon de cuisine, lavettes, gant de toilette, lait fermenté, gelée royale, choux fermenté, ensilage de mais, pain au levain, aigre, aigrelet, moisi, putride, aigre et métallique
Famille végétale/minérale : choux, soufre, herbe fraîche, herbe séchée, foin, boisé, bouchon, liège, moisi, terre, sous bois, humus, moisissures, champignon, oignon cuit, légume cuits, pomme de terre cuite, potiron, mousse humide, écorce d’arbre, feuilles sèches
Famille florale/fruité : réglisse, citronné, citronnelle, noisette, amande, noix
Famille épicée/aromates : épicé, moutarde, résiné, serpolet, romarin, moutarde
Famille étrangère/chimique : caoutchouc chauffé, médical, métallique, clous rouillés, styrène, solvant, acétone, peinture, colle blanche, soufre, ammoniaque, résiné, camphre, éthéré, plastique,
Comment évaluer la texture ?
La viande

L’évaluation de la texture est un processus évolutif et dynamique en bouche. D’un morceau entier, on va passer à un broyat liquide, un mélange liquide la salive, de particules solides dans une émulsion grasse (gras dans la salive). Il va se passer une succession des perceptions entre le moment où je porte le morceau entre mes dents et le moment où j’avale le bol alimentaire. En fait déguster une viande


Le gras va enclencher un processus de salivation intense, l’émulsion gras/salive/jus de viande

Comme tout cela se passe dans un temps très court, quelques secondes, et semble compliqué, je propose d’évaluer la texture en plusieurs étapes, sinon chacun va parler de sa texture sans pouvoir échanger et se faire comprendre.
La première étape consiste à porter le morceau à la bouche, il va effleurer les lèvres, les dents, le bout de la langue. Les lèvres très innervées et sensibles à l’effleurement, les sensations seront multiples.
Description proposées: humide, mouillé, aqueux, juteux, sec, gras, huileux, velouté, lisse, soyeux, fibreux, grenu, farineux, rugueux, râpeux, fin, souple
Texture de déformation :
Puis vient la déformation entre les dents :
Description proposées: élasticité, fermeté, molle, tendreté, jutosité de déformation (le jus est expulsé), qualité du jus.
Texture de mastication
Les morceaux de viande

Description proposées: tendre, fibres, sècheresse, fondante, ferme, dure, coriace, grasse, onctueuse, ferme, molle, huileuse. La tendreté est définie par la facilité avec laquelle une viande

Jutosité de mastication, qualité du jus, sensations de l’émulsion : liquide, fluide, huileux, gras, onctueux. La jutosité est la sensation de libération de jus dès les premiers coups de dents puis entretenue par la salivation en raison de la présence de gras intramusculaires.
Sensations de texture du bol alimentaire entre la langue et le palais, maintenu par la langue: lisse, fin, soyeux, velouté, rugueux, granuleux, fibreux, hétérogène
Texture résiduelle :
Il va rester des résidus de la microstructure, morceaux de fibres, de collagène, de gras, de jus, de tissus divers : remplissage de l’espace entre les dents, film gras sur les dents.
Cette proposition correspond à un protocole d’apprentissage, il est certain qu’après, en routine les échanges entre convives sont plus libres, moins formels. Mais il faut passer par cette étape de « ralenti » pour mieux s’y retrouver dans la texture de la viande



Les saveurs au nombre de 4 identifiées : salé, acidité, sucrosité et amer. Le plus souvent seul le sel et une certaine sucrosité sont perçus, il est rajouté par le mangeur ou le cuisinier. Chacun d’entre nous va rechercher sa dose parfaite qui correspond au meilleur équilibre personnel. Le sel est un exhausteur de gout, relevant les saveurs de la viande

Les saveurs sont perçues par des capteurs spécialisés situés dans les papilles de la langue. Ils captent et détectent les molécules, acheminées au cerveau pour être reconnues. Elles sont essentielles dans notre plaisir des sens.
Une cinquième saveur est admise et en particulier pour la viande

L’acide glutamique, acide aminé libre présent dans la viande

Les sensations trigéminales
Ici pas de capteurs, pas de bourgeons du goût, uniquement des terminaisons nerveuses, il s’agit de nerfs jouant un rôle réflexe. Si vous vous piquez les muqueuses buccales avec une arête, les nerfs vous avertiront d’arrêter de mastiquer et de rejeter l’intrus. Si vous présentez une tasse de café brûlant, il y aura un réflexe de rejet, trop glacé vous ne pourrez pas avaler. Vous croquez un grain de poivre, arrêt de mastication et rejet immédiat. Tout ça pour vous protéger !
Quand votre viande

Pourquoi trigéminales ? Parce que le nerf trijumeau se divise en trois branches : une branche irrigue la sphère de l’œil, une autre la sphère nasale et la troisième la cavité buccale. Si vous épluchez un oignon cru, les molécules soufrés très volatiles vont remonter dans l’œil, la sensation d’être piqué apparait, le nerf trijumeau va par réflexe envoyer au cerveau un message d’agression, en réponse il y aura des larmes pour diluer l’agresseur et vous pleurez. Le nez aussi va être piqué, puis si vous mâchez un bout d’oignon vos muqueuses seront piquées aussi, sensation nerveuse colportée par le trijumeau.
Les sensations trigéminales sont codifiées en dégustation

Profil de flaveur et longueur en bouche
Le profil de flaveur est un moyen de faire une synthèse de toutes les sensations se déroulant ne même temps pendant la dégustation


La persistance aromatique ou longueur en bouche après avalement est liée entre autre à la présence des lipides libérant lentement des molécules, prolongeant ainsi les sensations gustatives. Le gras des aliments influence directement la longueur en bouche. Les viandes grasses entrainent un mâchement plus long, les arômes sont très lentement libérés, on observe un plateau de sensations aromatique assez long, et une finale sapide prolongée. Le film gras sur les dents et entre les dents, libère progressivement les molécules liposolubles- aromatiques. A l’inverse, une viande

Plaisir de déguster
A partir de cette proposition il est possible de trouver un langage plus imagé, plus littéraire décrivant au mieux les multiples perceptions sensorielles. Le meilleur protocole étant d’être au calme. En effet, au-delà de 72 décibels les connexions neuronales sont perturbées, et la perception des odeurs et arômes devient quasiment impossibles. En évitant de parler, restez concentrer, essayez « d’écouter » vos neurones. Vous pourrez percevoir les arômes les saveurs et les textures et autres sensations sapides se mélanger. A vos fourchettes, à vos stylos, triturez vos neurones, ajoutez-y un brin de créativité, de fantaisie et partageons les plaisirs de déguster !
Comment réussir votre dégustation

1. Séparez la cuisine du lieu de la dégustation

Proposition d’une fiche de dégustation

Cette fiche propose un protocole, une
A partir des mots trouvés par l’ensemble des dégustateurs, il est possible de faire une liste de descripteurs caractérisant la viande

Nom du morceau : mode de cuisson :
Etapes à suivre et proposition de descriptions |
Exemple de descripteurs |
Toucher : humide, sec, gras, lisse, fibreux, rugueux, fin, souple |
Toucher humide et rugueux |
Odeurs du morceau Se reporter à la classification des odeurs |
Gratiné, fumée, grillé, caramélisé, bouillon de viande |
Saveurs : acide, salé, amer, sucré |
Salé, sucrosité en attaque Et finale légèrement acide |
Sensations trigéminales : piquant, astringent, métallique, brûlant, rafraîchissant |
Métallique, légèrement astringent, finale rafraîchissante |
Texture : Texture de contact : humide, mouillé, aqueux, juteux, sec, gras, huileux, velouté, lisse, soyeux, fibreux, grenu, farineux, rugueux, râpeux, fin, souple Texture de déformation : Jutosité de déformation, élasticité, fermeté, molle, Tendreté de déformation de broyage Fibrosité Texture de mastication Jutosité de mastication-qualité du jus, sensations de l’émulsion : liquide, fluide, huileux, gras, Tendreté de mastication fibres, sècheresse, fondante, ferme, dure, coriace, grasse, onctueuse, ferme, molle, huileuse onctueuse filandreuse, filamenteuse, farineuse, élastique, pâteuse, lisse, grumeleuse, coulante, aérée, hétérogène, fine Sensations de texture du bol alimentaire entre la langue et le palais : lisse, fine, soyeuse, velouté, rugueux, granuleuse, cireux, fibreuse, hétérogène |
Humide, juteux, souple, fibreux Elastique, juteuse, jus épais, tendre, fondante, moelleuse, fibreuse Juteuse, perlé de gras, tendre, onctueuse, fibreuse, fine, soyeuse |
Arômes Se reporter à la classification des arômes |
Sang, ferrique, cuir, gras fondu, huile de lin, réglisse, fumée, noisette, herbe sèche |
Résidus de texture : remplissage de l’espace entre les dents, film gras sur les dents |
Bouche grasse, fibres entre les dents, film gras huileux. |
Arrières goûts |
Métallique, légèrement amer |
Persistance aromatique : courte, moyenne, longue |
Très long en bouche |
Voici un exemple de description sensorielle de deux viandes séchées, rencontrées à Gap en mai 2008, au salon Slow Food.
Dans l’heure nous avons découvert un gigot d’agneau séché et un mouton séché-fumé, un Salame di Giora de bœuf du Piémont, le saucisson et le Jambon Noir de Bigorre, accompagnés de vins des Hautes-Alpes et de Savoie. Atelier animé par Paul Le Mens coordonné par Jean Lhéritier en présence des producteurs. Nous présenterons la description sensorielle de la viande d’agneau séchée et le mouton séché fumé.
Noix de gigot d’agneau séchée, de Ludovic Drouhot, 05 500 Les Infournas
Seule la noix du gigot séparée et séchée a été dégustée par l’assistance. Trois morceaux étaient présentés afin de pouvoir décomposer par étapes les sensations olfactives, gustatives et texturales.
Belles tranches aux nuances rouges, rosées, marrons, toucher étonnement fin, soyeux, introduisait avec promesse la suite.
Le nez tout en finesse découvre un bouquet d’odeurs aigrelettes relevé de quelques touches légères d’animalité mêlé à des notes de gibier, s’ouvre aux effluves de bergerie , de cuir frais rehaussé de parfum d’écorce verte, d’herbes macérés, finissant sur des notes de badiane.
La bouche, perçoit une attaque légèrement salée disparaissant sous un flot de salive, laissant place à la fraicheur, aux douces saveurs suaves. Franche et moelleuse la chair plantureuse n’en fini pas de rouler entre les dents, spontanée la fraîcheur et la finesse de bouche appelle la prochaine bouchée.
Contact soyeux et sensible effleurant les lèvres, la chair se laisse abordée parfaitement séchée. Belle matière charnue, tendre et longue à mastiquer, n’en fini pas d’agacer la salive. Moelleuse au palais, d’élégante finesse elle s’ennoblit de salive fluide, entre l’émail de mes dents elle a filé.
La rondeur du grain habilement enrobé de petites notes salées, épicées sur un fond léger de touches animales s’échappent avec discrétion. Textures et aromes se complètent à la perfection, instant fugace de complétude.
Au palais la mâchée laisse des notes persistantes de fumée, des touches subtiles d’épices s’accordant à merveille à la rondeur du grain. S’échappent tout à coup quelques notes animales soutenues et accompagné d’opulentes notes boisées, souvenir d’automne, fugacement disparaissent, laissant s’ouvrir des épices légères, curry mêlé d’anis.
Avalée, la finale développe une touche légèrement piquante, laissant l’empreinte fugace de la douceur gourmande de viande réapparaitre ; un plaisir harmonieux une douce souvenance m’avait envahi.
Viande de mouton fumée : le Fumeton, de Pierre Bayle, Chabrand, le plan 04400 Barcelonette
Cette viande de mouton vient uniquement du cœur de gigot, les muscles choisis sont dégraissés et dénervés. Puis après une recomposition par étuvage, séchée, fumée au bois de hêtre, affiné lentement au minimum 2 mois. Le gras est enlevé soigneusement, car celui de mouton s’affine mal et prend un gout de suif au séchage, alors il colle aux muqueuses et donne une sensation cireuse. Les petites tanches finement coupée de forme rectangulaire rayonnent appuyées par la robe rougeâtre nuancée de teinte chatoyante marron clair.
Matière soignée au toucher lisse comme du cuir ciré, la tranche fine se laisse manipuler, souple elle s’enroule comme pour mieux se laisser déguster. Par transparence ou peut observer des nuances rougeâtres, aux reflets sombres apporté par le fumage.
La tranche marbrée luisante, parsemée de discrètes larmes de gras blanc, contraste avec le muscle vif presque noir, nuancée de brun-rouge foncé.
Elle dévoile un nez puissant, animal, splendide bouquet d’intenses épices, s’ouvre aux aromates mélangés d‘ effluves de parmesan de saucisson séché. Odeurs par vagues successives des notes subtiles, légères, évoluant sur de touches d’aromates fermentés, finissant sur des notes huilées, associées au boisés discret.
Sensation prégnante de fermenté-épicé-acide, dominant un instant la mêlée des odeurs multiples. Arrivent les effluves de mouton, mélangé à la fumée d’herbe soutenue d’odeurs animales puissantes.
La bouche reçoit une attaque salée, mêlée à une agréable acidité enveloppante et longue.
La texture cartonneuse, légèrement caoutchouteuse, lisse, élastique ne résiste pas et joue avec le moelleux de la matière, alimenté par un grain délicat tout en finesse.
Les arômes d’épices, de poivre frais, mêlée à des notes de fumée, de fermenté aigrelet en phase gazeuse, laisse une belle impression de fraicheur acide ouvrant les papilles.
La finale est légère, subtile, portée par une bouche fraiche due à une belle acidité sans gras, libère des flaveurs d’aromates, laissant une bouche assoiffée de vin.
Afin d’honorer ses pièces de choix deux vins de montagne étaient proposés :
La cuvée Manon 2006, présentée par Olivier Ricard du Domaine de Trébaudon, Vin de Pays des Hautes Alpes.
Une mondeuse 2004, AOC Vin de Savoie rouge, du Domaine du Prieuré Saint-Christophe, présenté par Michel Grisard
Fiche de dégustation des viandes, Paul Le Mens
Nom du morceau : gigot mode de cuisson : four
Etapes à suivre et proposition de descriptions |
Exemple de descripteurs |
Toucher : humide, sec, gras, lisse, fibreux, rugueux, fin, souple |
Toucher humide et rugueux |
Odeurs du morceau Se reporter à la classification des odeurs |
Gratiné, fumée, grillé, caramélisé, bouillon de viande |
Saveurs : acide, salé, amer, sucré |
Salé, sucrosité en attaque Et finale légèrement acide |
Sensations trigéminales : piquant, astringent, métallique, brûlant, rafraîchissant |
Métallique, légèrement astringent, finale rafraîchissante |
Texture : Texture de contact : humide, mouillé, aqueux, juteux, sec, gras, huileux, velouté, lisse, soyeux, fibreux, grenu, farineux, rugueux, râpeux, fin, souple Texture de déformation : Jutosité de déformation, élasticité, fermeté, molle, Tendreté de déformation de broyage Fibrosité Texture de mastication Jutosité de mastication-qualité du jus, sensations de l’émulsion : liquide, fluide, huileux, gras, Tendreté de mastication fibres, sècheresse, fondante, ferme, dure, coriace, grasse, onctueuse, ferme, molle, huileuse onctueuse filandreuse, filamenteuse, farineuse, élastique, pâteuse, lisse, grumeleuse, coulante, aérée, hétérogène, fine Sensations de texture du bol alimentaire entre la langue et le palais : lisse, fine, soyeuse, velouté, rugueux, granuleuse, fibreuse, hétérogène |
Humide, juteux, souple, fibreux Elastique, juteuse, jus épais, tendre, fondante, moelleuse, fibreuse Juteuse, perlé de gras, tendre, onctueuse, fibreuse, fine, soyeuse |
Arômes Se reporter à la classification des arômes |
Sang, ferrique, cuir, gras fondu, huile de lin, réglisse, fumée, noisette, herbe sèche |
Résidus de texture : remplissage de l’espace entre les dents, film gras sur les dents |
Bouche grasse, fibres entre les dents, film gras huileux. |
Arrières goûts |
Métallique, légèrement amer |
Persistance aromatique : courte, moyenne, longue |
Très long en bouche |
Paul Le Mens, Ingénieur en Science des Aliments, Professeur de dégustation des aliments
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